Réponses de Dr. Robert Mansell à la question de l’accès aux marchés

Le manque d’accès aux marchés pour le pétrole brut canadien produit un impact négatif sur l’économie canadienne.

Qu’est-ce que cela signifie exactement?

Nous avons demandé à Robert Mansell, Directeur académique de l’École de politique publique et professeur d’économie à l’université de Calgary (lisez sa biographie), de nous donner son opinion sur cette question importante.

Voici ce qu’il a dit :

Q : Quelle est l’importance du secteur pétrolier et gazier dans l’économie du Canada?

R : Le secteur pétrolier et gazier a été un moteur clé de l’économie canadienne, et tout particulièrement au cours de la plus grande partie de la dernière décennie. La performance économique, tant au niveau régional que national, est en général liée de façon significative à la performance du secteur pétrolier et gazier.

Il domine tous les autres secteurs en termes d’exportations et d’exportations nettes (soit la différence entre les exportations et les importations), qui représentent toutes d’eux la pierre angulaire d’une petite économie ouverte telle que celle du Canada. De plus, il a généralement représenté environ un quart de tous les investissements non résidentiels au Canada, environ la moitié de la valeur des actions négociées à la TSX, environ un quart du total de la richesse nationale, et il compte parmi les plus gros contributeurs nets aux revenus du gouvernement.

Q : Donnez-nous quelques exemples de l’impact négatif du manque actuel de pipelines au Canada.

R : Le manque d’accès adéquat aux marchés, et notamment aux marchés étrangers à croissance rapide, produit un fort impact négatif et croissant sur les segments pétroliers et gaziers de l’industrie, ce qui entraîne des implications négatives importantes pour l’économie.

Par exemple, dans le cas du pétrole brut, on estime que les contraintes actuelles imposées à son transport causent une perte de revenus annuels de l’ordre de 20 à 30 milliards de dollars pour le Canada. Ceci se traduit à son tour par de plus faibles taux de croissance des revenus et de l’emploi, un taux de chômage plus élevé et une réduction de la capacité des gouvernements à financer les services sociaux et l’infrastructure publique sans augmenter l’imposition ou la dette

Q : Quels sont les principaux avantages de l’accès à de nouveaux marchés pour le Canada?

R : De façon générale, notre accès aux marchés étrangers du pétrole (et du gaz) offre trois sources principales de profit.

Cela permettrait d’abord de moins réduire les prix reçus pour les exportations canadiennes. Cette réduction des prix augmente lorsque les approvisionnements en hausse sont poussés sur les marchés nord-américains déjà saturés. La présence d’une infrastructure permettant d’accéder à des marchés étrangers réduirait de façon spectaculaire l’importance des réductions appliquées aux prix du pétrole de l’Ouest canadien.

À titre d’exemple, si l’on pouvait diminuer les rabais de seulement 2 $ le baril (en moyenne) sur une période de 30 ans, cela se traduirait par un gain direct de 115 milliards de dollars pour le Canada et par des revenus de près de 40 milliards de dollars pour les gouvernements provinciaux et fédéraux.

Deuxièmement, cela présenterait un avantage sur le plan de la diversification grâce à une meilleure stabilité des revenus découlant de la possibilité de posséder un portefeuille de marché plus large et plus divers. Cet avantage est tout particulièrement précieux en présence d’une économie mondiale incertaine et imprévisible, au sein de laquelle tous les marchés ne réagissent pas de façon synchronisée.

Troisièmement, cela présente une valeur d’option importante. Par exemple, le fait de posséder une infrastructure qui préviendrait la suspension de la production à la suite de la dislocation des marchés représente une valeur énorme. Autrement dit, la suspension d’une production de 500 000 barils de pétrole brut par jour pendant seulement un an entraînerait une perte de revenus de près de 14 milliards de dollars.

Pour plus de renseignements sur ce sujet important, nous vous invitons à lire notre blogue intitulé « Le manque de pipelines coûte cher aux Canadiens ».