Pourquoi le Canada importe-t-il du pétrole?

Saviez-vous que le Canada se classe troisième au monde pour les réserves de pétrole prouvées? Seuls l’Arabie saoudite et le Venezuela possèdent davantage de pétrole. Le Canada est en outre le quatrième plus grand producteur de pétrole brut du monde.

Et pourtant, en 2018, le Canada a dépensé 19,4 milliards de dollars pour importer près de 600 000 barils de pétrole par jour.

Dans certaines régions de l’Est du Canada, plus de la moitié du pétrole raffiné vient de l’étranger, surtout des États-Unis, mais également de pays aussi éloignés que l’Algérie, l’Arabie saoudite, le Nigeria et la Norvège. (Source : Ressources naturelles Canada).

Vous vous demandez probablement pourquoi.

Selon une étude du Canadian Energy Research Institute (CERI), c’est une simple question d’économie pour les raffineurs, qui veulent « réduire les frais d’exploitation et maximiser les marges ». En d’autres termes, cela coûte moins cher aux raffineurs d’importer du pétrole que d’utiliser un produit canadien.

D’autres facteurs entrent également en ligne de compte, notamment les contraintes liées au transport et la capacité de traitement.

 

Jetons un coup d’œil à cinq raisons pour lesquelles le Canada importe du pétrole brut.

  1. Les raffineurs dans l’Est peuvent réduire leurs frais de transport grâce à la proximité d’un approvisionnement abondant aux É.-U. « La raison principale pour laquelle nous importons du pétrole, c’est qu’une grande partie de la production américaine se trouve plus près des marchés dans l’Est que le pétrole produit dans l’Ouest du pays », explique David Layzell, directeur de l’initiative Canadian Energy Systems Analysis Research (CESAR).
  2. Aucun oléoduc ne se rend au Nouveau-Brunswick, qui abrite la plus grande raffinerie au pays, celle d’Irving. Elle importe donc du pétrole transporté par navire jusqu’à son port en eaux profondes, à moindre coût que si le pétrole était transporté par camion ou wagon-citerne de l’Ouest canadien.
  3. On manque également de pipelines pour acheminer le pétrole vers les autres provinces de l’Atlantique et le Québec. Il est moins rentable pour les raffineurs de faire venir le pétrole des provinces productrices de l’Ouest par d’autres moyens de transport que de l’importer.
  4. La plupart des raffineries dans l’Est du pays ne sont pas en mesure de traiter le pétrole brut lourd (bitume) provenant des sables pétrolifères de l’Athabasca, en Alberta. Par conséquent, bien que le pétrole brut de l’Ouest canadien se vende à prix réduit, le procédé de raffinage peut encore être plus complexe et coûteux.
  5. Le rapport du CERI fait remarquer que l’Ouest canadien importe également des produits pétroliers, surtout des condensats de gaz naturel des É.-U. Les producteurs des sables pétrolifères s’en servent pour diluer le bitume afin de pouvoir le transporter par pipeline.

 

Regard sur l’avenir

  1. Layzell fait valoir les points suivants lorsqu’il aborde l’avenir de la demande de pétrole partout au Canada :
  • « En Amérique du Nord, plus de 70 pour cent du pétrole est transformé en carburants de transport et, en dépit de l’intérêt soutenu pour les véhicules électriques à batterie électrique et à pile à hydrogène, la demande de carburants de transport classiques continue d’augmenter d’environ un à trois pour cent par année.
  • À mesure que les véhicules électriques augmenteront leur part de marché au Canada, la demande de pétrole pourrait atteindre son point culminant et amorcer sa baisse, mais la rapidité avec laquelle ce changement se produira dépendra des marchés de véhicules de l’avenir.
  • Compte tenu de la durée de vie utile des véhicules, la transition se mesurera probablement en décennies et non pas en années. »

Cela veut dire que bien que le Canada et le monde soient en train d’effectuer une transition vers des sources d’énergie à plus faibles émissions, le pétrole et le gaz resteront des éléments importants du bouquet énergétique pendant des décennies. De surcroît, les pipelines de transport demeureront le moyen le plus sûr et le plus responsable d’acheminer le pétrole et le gaz dont le Canada et le reste du monde ont besoin.