Pipelines et durabilité : une cohabitation possible au Canada? L’avis d’un expert en politiques publiques

Une question est au cœur du débat qui entoure les pipelines :

Doit-on satisfaire les besoins énergétiques de la société d’aujourd’hui au détriment des générations à venir?

Nous croyons que ce ne doit pas être nécessairement le cas et qu’il est encore possible d’atteindre un équilibre entre stabilité, durabilité et prospérité.

Mais ce n’est qu’une seule perspective parmi d’autres, et au moment de déterminer la voie à suivre sur les questions d’énergie, nous pensons qu’il est important de prendre en considération tous les points de vue sur ce débat.

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Donc, afin d’obtenir une autre perspective, nous nous sommes entretenus avec David McLaughlin, expert en politiques publiques et membre du Comité consultatif externe de CEPA. C’est un expert et commentateur de premier plan au Canada sur les questions de politique, de politique publique et de durabilité, qui a travaillé au service de plusieurs premiers ministres fédéraux et provinciaux et de ministres en tant que chef de cabinet et sous-ministre. McLaughlin a également siégé au gouvernement du Nouveau-Brunswick en tant que sous-ministre aux Affaires intergouvernementales et aux Politiques et à la Planification.

Nous avons demandé à McLaughlin s’il est possible d’équilibrer nos besoins énergétiques et nos besoins en durabilité; d’équilibrer les et les coûts environnementaux.

« Il est tout à fait possible de parvenir à un équilibre entre pipelines et durabilité », a déclaré McLaughlin. « En fait, il est même impératif d’y parvenir. Toutefois, je préfère le mot intégration au mot équilibre. Un équilibre suppose de redresser quelque chose de déséquilibré. »

Le point de départ : les politiques environnementales

McLaughlin a expliqué que les exploitants du secteur gazier et pétrolier, tout comme les sociétés pipelinières, travaillent déjà à réduire au minimum les impacts sur l’environnement dans des domaines tels que les terres humides et la qualité de l’air. Mais on peut encore intégrer des considérations environnementales dès le début, lors des phases d’élaboration des politiques et de planification des projets.

« Le secteur énergétique canadien devrait chercher activement à établir des politiques environnementales — en particulier des politiques climatiques — afin d’aider à mettre en place une structure autour de ses investissements et ses décisions en matière de production », a dit McLaughlin. « En travaillant avec les gouvernements à l’élaboration de politiques sur le climat, les énergies propres et le développement responsable, l’industrie peut accroitre sa transparence et renforcer sa crédibilité dans ces domaines. »

Selon McLaughlin, une telle collaboration avec les gouvernements et les organismes de réglementation est déjà en cours et devrait continuer de constituer une priorité de l’industrie pipelinière.

Les sociétés pipelinières et la durabilité

« En matière de durabilité, le bilan de l’industrie pipelinière est assez bon à plusieurs égards », a-t-il expliqué. « L’industrie a reconnu qu’il reste encore beaucoup à faire et a multiplié ses efforts. C’est une bonne chose. »

Et pourtant, les pipelines sont devenus la pierre d’achoppement des militants et de tous ceux et celles cherchant à entraver la capacité des producteurs de combustibles fossiles à acheminer leurs produits vers les marchés. Ceci place les membres de l’industrie dans une position difficile, directement entre les producteurs et les consommateurs. « De bien des façons, c’est l’industrie qui prend les coups pour les buts et les objectifs des autres, et elle est tenue de satisfaire à des normes telles qu’elle n’a pas toutes les cartes en main », a déclaré McLaughlin.

Afin de démontrer leur engagement en faveur de la durabilité, a expliqué McLaughlin, les exploitants pipeliniers doivent devenir « des champions du respect de l’environnement ». Cela signifie :

  1. Faire tout leur possible pour éliminer la perspective des déversements, des accidents et des fuites de pipeline, qui préoccupent le public.
  2. Assurer la durabilité de leurs propres activités internes. « Les sociétés qui mettent en œuvre les meilleures pratiques environnementales à l’interne ont tendance à prendre davantage conscience des problèmes de durabilité à l’extérieur de l’entreprise et à vouloir y remédier. Cela contribue à construire leur identité écologique. »

Comment alimenter le débat

McLaughlin croit que pour l’industrie des pipelines, la communication constitue l’un des défis à résoudre. « Afin d’encourager un dialogue équilibré et informé, le secteur doit éduquer, éduquer, éduquer — sur les mythes et les réalités entourant les pipelines et l’environnement. De plus amples informations et statistiques contribueront à préparer les bases d’un débat raisonné et informé sur les politiques et les mesures à prendre. »

Vous pouvez en apprendre davantage sur les pipelines et la durabilité en lisant ces billets :

  1. La perspective d’un universitaire : les pipelines sont une bonne chose, mais on peut encore les améliorer
  2. Les sociétés pipelinières ont-elles besoin d’un « pacte social »?

L’Association canadienne de pipelines d’énergie représente les sociétés canadiennes de pipelines de transport, lesquelles exploitent environ 117 000 kilomètres de pipelines à travers le Canada. En 2014, ces autoroutes de l’énergie avaient acheminé environ 1,2 milliard de barils de produits de pétrole liquide et 5,4 billions de pieds cubes de gaz naturel. Nos membres transportent 97 pour cent du gaz naturel consommé quotidiennement au Canada et acheminent du pétrole brut en provenance des gisements terrestres de régions productrices vers divers marchés nord-américains.