Les sociétés pipelinières sont-elles préparées aux menaces qui pèsent sur leurs installations?

Quoique les pipelines soient enfouis sous terre, les stations de compressions situées en surface ont tôt fait de révéler leur présence. Vues de l’extérieur, ces petites stations présentent un aspect plutôt simple, mais vous auriez tort de vous fier aux apparences : l’intérieur grouille d’activité, des compresseurs, des vannes, des turbines et des commandes travaillant tous d’arrache-pied pour que le produit circule efficacement et en toute sécurité vers sa destination.

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On se rend mal compte pourquoi quelqu’un voudrait endommager une canalisation à haute pression ou une station de compression, mais cela arrive. Afin d’en savoir davantage sur ce que font les sociétés pour se protéger contre ces menaces, nous nous sommes entretenus avec Myles Toews, ancien agent de la GRC, expert en sécurité pipelinière et président de Tocra Inc.

Q : Quelles sont les plus grandes menaces qui pèsent sur les installations pipelinières? 

Myles : Il y a un véritable danger lorsque des protestataires, des groupes d’intérêts spéciaux ou du personnel mécontent pénètrent sans autorisation sur une propriété privée et entrent dans une installation par effraction avec l’idée de la vandaliser ou d’interrompre son bon fonctionnement. C’est arrivé et ces personnes peuvent causer de graves dommages, mais aussi mettre en danger leur propre sécurité, celle du personnel et bien sûr, de l’environnement.

Q : Que font les exploitants pipeliniers pour se protéger contre de telles menaces?

Myles : Les sociétés pipelinières font du bon travail et utilisent différents outils pour se protéger, notamment des caméras, des alarmes et des gardes de sécurité. Ils forment aussi spécifiquement leur personnel sur des questions de sécurité, afin de leur apprendre à rester à l’affût de toute activité suspecte et à intervenir comme il faut.

En 2013, l’Office national de l’énergie a modifié ses règlements et a exigé de toutes les sociétés relevant de sa compétence qu’elles mettent en place un programme de gestion de la sûreté. Ce programme nécessite entre autres d’évaluer les menaces, leur vulnérabilité et les risques; de faire appel à des mesures de sécurité physiques; de veiller à mettre à jour la sécurité de leurs systèmes informatiques et de leurs systèmes de contrôle; d’effectuer de la formation et des exercices relatifs à la sûreté; et d’incorporer des mesures de sécurité convenables dans les nouveaux projets de construction, etc.

De nombreuses sociétés pipelinières se montrent particulièrement proactives et vont au-delà des réglementations. D’ailleurs, beaucoup d’entreprises qui ne dépendent même pas de l’ONÉ mettent en œuvre ces programmes de gestion de la sûreté. Elles s’efforcent de créer une culture de la sécurité qui les aide à protéger les gens, les actifs de la société, leurs activités et l’environnement.

Q : Que voulez-vous dire par « culture de la sécurité »?

Myles : La culture de la sécurité, ce sont les attitudes et les comportements dominants chez le personnel (embauché ou contractuel). En dépassant le stade des simples mesures physiques de sûreté et en instaurant des programmes de sensibilisation et de la formation, on s’assure que leur personnel se montrera vigilant face aux menaces et qu’il saura comment réagir.

Q : Et le terrorisme?

Myles : Je ne peux pas vraiment m’avancer sur la question du terrorisme car c’est la responsabilité de la GRC, mais autant que je sache, il n’y a pas eu d’incident de ce genre. Cela dit, de nos jours, les pirates informatiques peuvent nous causer du tort sans même avoir à se trouver dans le pays.

Q : Les exploitants pipeliniers peuvent-ils se protéger contre ces cyberattaques?

Myles : L’industrie a investi massivement dans des systèmes de contrôle et se donne beaucoup de mal pour empêcher toute tentative d’accès non autorisé dans ses systèmes informatisés. Elle s’est montrée très proactive à cet effet et par conséquent, ses systèmes de contrôle sont particulièrement solides. Il existe également des cours spéciaux destinés aux opérateurs de systèmes de contrôle, afin qu’ils apprennent à reconnaître les accès non autorisés et à intervenir. C’est l’une des manières dont l’industrie travaille avec le gouvernement fédéral pour faire face à ces risques avant qu’ils ne surviennent.

Q : Les sociétés pipelinières pourraient-elles en faire davantage pour lutter contre ces menaces?

Myles : Lorsqu’une personne endommage une installation pipelinière, cela coûte très cher aux exploitants : l’environnement est affecté, un nettoyage ou des réparations sont à effectuer, il y a une perte de productivité et leur réputation auprès du public en souffre. Il est très sensé pour eux de se prémunir contre ces menaces, et en fait, la plupart du temps, ils se montrent très proactifs et font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher ce genre d’évènement. Ils instaurent des mesures de sûreté physiques, de la formation auprès de leur personnel et des contrôles informatiques, plutôt que d’attendre de recevoir des règlements leur disant quoi faire.

Les sociétés pipelinières s’emploient avec énergie à bâtir une culture de la sécurité dans laquelle leur personnel est formé et où il reste à affût des activités suspectes et des situations susceptibles de s’aggraver.

Dans certains cas, des activistes supposément préoccupés du sort de l’environnement peuvent considérablement l’endommager par leurs actions, plus particulièrement en pénétrant par effraction dans les installations pipelinière avec l’intention de gêner, voire d’entraver la bonne marche des opérations.

Pour en savoir plus sur ce que font les sociétés pipelinières pour se protéger contre le terrorisme et les cyberattaques, allez voir cette vidéo de notre série «Lumière sur les pipelines ».


L’Association canadienne de pipelines d’énergie représente les sociétés canadiennes de pipelines de transport, lesquelles exploitent environ 117 000 kilomètres de pipelines à travers le Canada. En 2014, ces autoroutes de l’énergie avaient acheminé environ 1,2 milliard de barils de produits de pétrole liquide et 5,4 billions de pieds cubes de gaz naturel. Nos membres transportent 97 pour cent du gaz naturel consommé quotidiennement au Canada et acheminent du pétrole brut en provenance des gisements terrestres de régions productrices vers divers marchés nord-américains.