Les collectivités de Premières Nations et les sociétés pipelinières peuvent-elles travailler ensemble?

Saviez-vous qu’au Canada, plus 3,5 millions d’hectares de terres appartiennent aux Premières Nations?  Ces terres de réserve ont été mises de côté en vertu de la Loi sur les Indiens et de divers traités, et ont une portée historique, politique, culturelle et spirituelle considérable pour les Premières Nations.

Au cours de leur mission consistant à acheminer des produits pétroliers et gaziers partout à travers le pays, les pipelines de transport sont actuellement amenés à traverser certaines de ces terres de réserve. Et de nouvelles propositions de pipelines, dont l’itinéraire traverserait également des terres de réserve, sont à l’étude.

Comment, alors, les collectivités de Premières Nations et les exploitants pipeliniers collaborent-ils pour déterminer premièrement si ces pipelines traverseront les terres des réserves, et si oui, de quelle manière?

Cette question était au cœur de la première Pipeline Gridlock Conference, qui s’est tenue à Calgary les 3 et 4 octobre.

graphics-libraryDes conversations à une exploitation conjointe

Partout au pays, des bulletins d’information ont récemment indiqué que de nombreuses collectivités de Premières Nations s’opposent à l’exploitation pétrolière et gazière et/ou aux projets pipeliniers. La Pipeline Gridlock Conference a cependant démontré que ces bulletins ne reflètent pas l’opinion de toutes les Premières Nations. En fait, nombreuses sont celles à être en faveur de l’exploitation des ressources.

Le véritable problème consiste à savoir comment le secteur pétrolier et gazier peut arriver à travailler de concert avec les Premières Nations d’une manière qui soit bénéfique pour tous. Plusieurs discours et tables rondes ont permis aux participants de partager leurs idées, leurs expériences et leur vision quant aux moyens de parvenir à des relations positives.

Le maire de Calgary, Naheed Nenshi, s’est exprimé sur le fait que l’exploitation des ressources concerne chaque citoyen canadien et qu’afin de prendre des décisions à ce propos, nous devons tous travailler ensemble.

« Toutes ces conversations n’ont pas rapport aux pipelines, à l’accès aux marchés ou à la prospérité; elles ont rapport à l’édification de notre nation », a déclaré Nenshi, qui a ajouté : « Nous devons nous assoir ensemble pour en discuter de façon respectueuse. »

C’est un sentiment que partageait Dean Manywounds, président du Conseil des ressources indiennes, qui a évoqué la nécessité pour les chefs des Premières Nations d’aborder clairement et directement les problèmes.

« Nous devons participer si nous voulons faire avancer ce pays », a déclaré Manywounds.

La chef Liz Logan, de la Première Nation de Fort Nelson, a fait part des relations positives que sa bande entretient avec des producteurs « novateurs » grâce à une exploitation conjointe.

Logan a expliqué qu’une exploitation conjointe permet une prise de décisions commune entre la Première Nation de Fort Nelson et l’exploitant pétrolier et gazier. L’exploitation conjointe tient compte de la Première Nation et la soutient, ce qui est essentiel pour la protection des terres.

« Nous protégerons [nos terres] et nous nous assurerons que vous fassiez les choses correctement — et nous vous en tiendrons responsables », a dit Logan en s’adressant à l’assemblée, constituée de chefs autochtones et de représentants de l’industrie pétrolière et gazière.

Maintenir l’équilibre entre prospérité et durabilité

La question de la protection de l’environnement et de l’avenir des Premières Nations a été longuement examinée. Selon la chef Logan, l’avenir repose entre les mains des jeunes, et ces derniers désirent une exploitation responsable des ressources.

Joe Dion, président et directeur général de Frog Lake Energy Resources Corp. a expliqué aux participants que l’environnement était extrêmement important, mais « qu’il ne fallait pas passer à côté de notre part du gâteau en nous laissant distraire par des questions environnementales ».

« Nous devons nous focaliser sur notre objectif de sortir nos gens de la pauvreté. Nous leur devons cette responsabilité », a-t-il ajouté, insistant sur le fait que l’équité et le partage des recettes sont au centre du débat.

Bien que les contributions économiques du secteur pétrolier et du gazier jouent un rôle de premier plan dans la prospérité du Canada, il faut tenir compte de bien d’autres facteurs, a souligné Chris Bloomer, président et chef de la direction de l’Association canadienne de pipelines d’énergie.

D’après ce dernier, quatre « P » occasionnent les problèmes de congestion dont souffre le réseau pipelinier : la politique, la polarisation, les processus et les politiques — problèmes qui éloignent le Canada de ce qui est important pour lui s’il désire continuer à avancer.

Cependant, il existe trois « P » capables de nous faire évoluer vers la solution :

  1. Les personnes — en recourant à la collaboration et au consensus
  2. La performance — en n’acceptant aucun compromis en matière d’environnement, de sécurité et de performance
  3. La prospérité — en jouant notre rôle aussi bien que possible

Mais au final, le point de départ de la solution réside dans la construction de rapports de confiance entre les collectivités de Premières Nations et l’industrie pétrolière et gazière.

« Comment bâtir des rapports de confiance? En s’assurant de ne jamais faire de concession en matière de sécurité, de performance et d’environnement », a affirmé Bloomer.