La technologie suffit-elle à protéger un pipeline âgé de 100 ans?

Le premier pipeline de transport canadien a été construit en 1853. Bien que ce pipeline précis ne soit plus exploité depuis des dizaines d’années, en revanche, certaines de nos canalisations sont en service depuis 50 ans voire plus, et de nombreuses personnes se demandent s’il faudrait s’en inquiéter.

Après tout, un certain nombre de nos réserves de pétrole et de gaz continueront à produire pendant encore 50 ans. Cela signifie que nos pipelines pourraient devoir fonctionner efficacement et sans danger pendant 100 ans.

Phil HopkinsAfin d’en apprendre plus sur la sécurité et la fiabilité d’un pipeline âgé de 100 ans, nous avons interrogé Phil Hopkins, un expert-conseil en génie pipelinier situé en Grande-Bretagne. Phil a travaillé dans le secteur des pipelines de gaz et de pétrole pendant près de 40 ans et continue de s’impliquer en matière de formation et d’enseignement : il a occupé les fonctions de professeur honoraire et de professeur invité à l’Université de Newcastle, en G.-B., et enseigne aujourd’hui en qualité de professeur invité à l’Université Northumbria, en G.-B.

Lors de la récente Conférence internationale sur les pipelines, Phil s’est exprimé au sujet du « pipeline âgé de 100 ans ». Nous lui avons demandé de préciser ce que cela supposait. « Les pipelines en service aujourd’hui ont été en majeure partie conçus par la génération d’avant-guerre. Au moment de leur mise hors service, il est donc possible que six générations d’employés différentes se soient chargées de leur entretien et de leur exploitation », a affirmé Phil. « Nous devons veiller à ce que ces employés disposent de connaissances adéquates. Si une génération ne transmet pas ses connaissances, il se produit alors une rupture dans la chaîne d’informations. »

Nous avons demandé à Phil d’expliquer pourquoi, selon lui, les connaissances et les habiletés des employés servent autant à garantir la sécurité des pipelines que la technologie qui protège ces derniers.

Q : Quels sont les avantages et les inconvénients des progrès technologiques lorsqu’il s’agit de protéger un pipeline âgé de 100 ans?

Phil : La technologie peut être une bonne chose comme une mauvaise chose. Un ingénieur sera ravi d’utiliser toute technologie capable d’améliorer la sécurité et l’efficacité des opérations, mais il ne faut pas se fier uniquement à la technologie. Au fur et à mesure que la technologie évolue, l’erreur humaine prend des proportions énormes, car c’est le seul genre d’erreur encore possible! Ces erreurs humaines peuvent être attribuées à un manque de compétences (soit la combinaison des habiletés, de l’expérience et des connaissances), mais la transmission des connaissances d’une génération d’employés à une autre peut contribuer à empêcher cela.

Q : Vous pensez donc que les compétences du personnel sont cruciales?

Phil : Oui, et c’est de plus en plus important chaque année. Nous devons consacrer autant de temps et d’argent à former notre personnel qu’à acquérir des technologies, des logiciels et des procédés nouveaux. Les connaissances se transmettent en travaillant étroitement avec les gens, en les entraînant, en partageant des expériences avec eux, et en les conseillant ou en les accompagnant. Les compétences du personnel, le transfert des connaissances, etc. doivent être un objectif visé par les entreprises, guidé par des processus et évalué avec régularité.

Nous devons nous assurer de vérifier constamment que les ingénieurs pipeliniers possèdent les compétences nécessaires au fil des évolutions technologiques. Pas facile, mais essentiel.

Q : Quelle place occupe l’expérience des employés chevronnés et des baby-boomers au sein d’une industrie où la technologie évolue régulièrement?

Phil : Dans l’industrie de l’ingénierie, c’est un aspect très important, mais parfois sous-estimé. Pourquoi? Eh bien, dans certaines industries, telles que l’industrie de l’informatique et des téléphones portables, les nouvelles technologies peuvent diluer la valeur de l’expérience du fait que les technologies changent chaque année et que les connaissances du passé sont peu utiles. Mais les ingénieurs des industries telles que celle des pipelines doivent composer avec les lois de la science, qui demeurent identiques à chaque génération. C’est en accumulant de l’expérience à gérer ces lois complexes qu’ils parviennent à les maîtriser. Donc, dans notre industrie, un ingénieur possédant 25 années d’expérience est une bonne chose. Dans le domaine pipelinier, l’expérience et les connaissances occupent une place décisive, et ces connaissances doivent être transmises aux prochaines générations au fur et à mesure que nos pipelines se rapprochent de leur centième anniversaire.

Q : Pensez-vous que l’Amérique du Nord a besoin de nouveaux pipelines?

Phil : Je suis ingénieur et je me préoccupe avant tout de la sécurité des gens et de l’environnement. En matière de pipelines, vous avez un bon bilan de sécurité, ici au Canada. Nous possédons plus de 50 ans de réserves de pétrole et de gaz à travers le monde et certaines de ces abondantes réserves se trouvent au Canada. Pourquoi n’exploiteriez-vous pas ces réserves si la demande existe et que l’on peut garantir la sécurité?

Ce qu’il faut faire tout d’abord avec les nouveaux pipelines, c’est à la fois de rassurer le grand public sur le fait que les ingénieurs savent ce qu’ils font et de manifester notre engagement envers la sécurité en privilégiant celle-ci dans toutes nos activités d’affaires.

Vous pouvez en apprendre davantage sur l’importance de la culture de la sécurité en consultant les billets suivants :