La guerre de l’énergie : peut-il y avoir un gagnant?

Tisha Schuller est la fondatrice d’Adamantine Energy, et elle a occupé les fonctions de présidente et chef de la direction pour la Colorado Oil and Gas Association (COGA) entre 2009 et 2015. Elle est l’auteure du livre Accidentally Adamant: A Story of a Girl Who Questioned Convention, Broke the Mold, and Charted a Course Off Map et agit à titre de conseillère pour l’initiative sur le gaz naturel de l’Université Stanford. Tisha sera la conférencière d’honneur à l’édition 2019 du dîner annuel de CEPA, où elle fera part des leçons tirées de son expérience à la COGA.

Environnementalisme et développement énergétique : pas un jeu à somme nulle

En déménageant au Colorado depuis la Californie, Tisha Schuller, écologiste autoproclamée, ne pensait pas qu’elle devrait y affronter la colère des défenseurs de l’environnement. Son histoire commence quelques années plus tard, alors qu’elle occupe le poste de présidente et chef de la direction de la Colorado Oil and Gas Association, qui représente les sociétés pétrolières et gazières du Colorado et défend leurs intérêts.

Comme le raconte Tisha…

J’ai pris mes fonctions à la COGA avec la conviction que l’opposition écologisme-développement énergétique n’est pas un jeu à somme nulle. J’avais l’impression de pouvoir influencer à la fois l’industrie énergétique et le public. C’est parce que je crois qu’on ne peut pas efficacement assumer notre responsabilité à l’égard de l’environnement sans faire preuve d’honnêteté quant à notre propre utilisation de l’énergie. Et pour être honnête quant à l’importance du pétrole et du gaz dans notre économie et dans nos vies, il est difficile d’effectuer des améliorations raisonnables sans admettre que parler d’interdiction ou d’interruption va à l’encontre du but recherché.

Pourtant, après quelques années, j’étais devenue la cible des militants écologiques.

Je me suis parfois retrouvée dans des rencontres publiques houleuses avec des opposants qui me criaient dessus, à quelques centimètres du visage. Mon adresse a été rendue publique. Mes enfants et ma famille ont été la cible d’intimidations. Ces attaques m’ont bouleversée, parce qu’elles provenaient de gens dont j’estimais être l’alliée. Et ils s’étaient retournés contre moi. C’est encore dur de reconnaître que dans certaines branches du mouvement écologique, l’important n’est pas d’aimer l’environnement. C’est de gagner à tout prix.

J’ai aussi réalisé que la plupart de ces différends sur le développement énergétique aboutissent à des impasses très tendues. C’est parce qu’en vérité, chacun d’entre nous choisit de croire les données scientifiques qui cadrent avec sa vision du monde.

Donc, que faut-il faire pour désamorcer le conflit entre les partisans et les adversaires du développement énergétique?

L’élément principal qui fait défaut, c’est l’empathie et la compréhension. C’est peut-être un argument banal, mais notre façon de penser pourrait bien se voir changée si les deux côtés se demandaient : « Que veulent accomplir nos opposants quand ils se lèvent le matin? » Tout le monde croit être du bon côté. Nous devons comprendre à quoi ressemble « le bon côté » à leurs yeux… pour comprendre où ils se situent et comment communiquer avec eux. Considérer nos adversaires avec respect nous permet de sortir de la mentalité gagnant-perdant. Ça offre occasion de leur demander comment ils en sont arrivés là.

Cette approche respectueuse est essentielle pour assurer notre crédibilité, parce que 80 pour cent des personnes indécises en matière d’énergie attendent de voir comment nous interagissons avec nos adversaires. Elles évaluent notre fiabilité. Et si elles nous trouvent plus respectueuses, elles nous accorderont bien souvent le bénéfice du doute. Le mot d’ordre, ici, c’est « confiance ». Tout ce qui compte, c’est le respect que nous témoignons aux gens, même à ceux qui sont contre nous.

Notre industrie doit également se débarrasser de cette attitude d’opposition « nous-contre-eux ». Nous devons laisser de côté les clans politiques. Nous devons incarner et défendre la non-partisanerie, même lorsque cela semble impossible. Et nous devons être conscients du fait que c’est souvent notre propre industrie qui agit de façon super partisane. Ce n’est pas rare de nous entendre dire : « Si seulement “ilsˮ comprenaient ou étaient au courant des faits ». En réalité, aucune campagne publicitaire ni aucune fiche d’information ne résoudra ces problèmes. La priorité de l’industrie doit être de tisser des liens et d’établir un rapport de confiance par le biais de nombreuses conversations directes. C’est la seule manière de communiquer les faits aux gens.

Qu’adviendra-t-il du discours énergétique et de l’exploitation pétrolière et gazière?

J’estime être d’un optimisme insensé. Je me représente un monde en pleine décarbonisation, de plus en plus prospère. Je vois une industrie bien placée pour contribuer énormément à la solution mondiale, ainsi qu’à la transition qui permettra à 1,3 milliard de personnes de sortir de la pauvreté. Je vois également une industrie qui comprend la nécessité de souscrire et de contribuer au paradigme de la décarbonisation avant de commencer à envisager ce qui est réaliste ou possible en matière de transition énergétique. Je suis sûre que l’avenir nous réserve des innovations que nous ne sommes pas encore en mesure d’imaginer, et probablement des bouleversements majeurs. Ce que j’espère, c’est que l’industrie sera au cœur de ces innovations et de ces bouleversements.

Note : Ce billet provient d’une entrevue avec Tisha et contient quelques commentaires d’un autre article écrit pour le Property and Environment Research Center et publié le 6 décembre 2018.