Comment les sociétés pipelinières protègent-elles les espèces en péril?

Le Canada abrite 521 espèces animales et végétales inscrites aux termes de la Loi sur les espèces en péril (LEP), ce qui signifie qu’elles sont considérées à l’échelle du pays comme des espèces disparues, en voie de disparition ou menacées, ou qu’elles font l’objet de préoccupations particulières. Une fois inscrites, les mesures visant à protéger et rétablir ces espèces sauvages sont mises en œuvre. Le nombre de ces espèces, selon Environnement et Changement climatique Canada, ne cesse de croître.

C’est pourquoi, avec approximativement 119 000 km de pipelines de transport sillonnant le Canada, on peut aisément comprendre pourquoi les travaux de construction ou d’entretien vont, de temps en temps, empiéter sur des zones où ces espèces en péril vivent et poussent.

Comment peut-on minimiser les effets causés par les activités des sociétés pipelinières sur les espèces en péril?

En plus des démarches individuelles menées par les entreprises, CEPA a constitué au sein de son groupe de travail sur l’environnement un sous-groupe chargé de gérer les questions intersectorielles liées aux espèces en péril. Les groupes de travail de CEPA sont constitués d’employés issus des sociétés membres de CEPA et ils travaillent ensemble sur divers enjeux, pratiques et activités d’exploitation de l’industrie.

Le sous-groupe pour les espèces en péril se penche à la fois sur les efforts à déployer pour des espèces précises — comme définir et communiquer les pratiques principales liées au caribou — et sur une vaste gamme d’initiatives politiques destinées par exemple à protéger les habitats essentiels tout en réalisant les activités requises.

Afin d’en savoir plus, nous avons parlé à Bevin Sears, conseillère en environnement chez Inter Pipeline Ltd., et présidente du sous-groupe de travail.

Q : Pourquoi est-ce important pour les exploitants pipeliniers de déterminer les espèces en péril?

Bevin : S’il est possible de déterminer les espèces en péril avant de débuter un projet de pipeline, nous sommes alors en mesure d’atténuer les effets qui pourraient éventuellement nuire aux individus de ces espèces ou à leur lieu de résidence. Une fois que nous savons qui elles sont, diverses possibilités s’offrent à nous : nous pouvons éviter complètement la zone en question, planifier les travaux en dehors des principaux cycles de vie des espèces concernées, installer des nids artificiels ou déplacer les espèces végétales à l’extérieur de l’emprise.

Q : Comment détermine-t-on les espèces en péril?

Bevin : Nous commençons par utiliser les données du gouvernement pour déterminer les habitats des espèces en péril se trouvant éventuellement le long du tracé de pipeline. Dans la mesure du possible, nous adaptons ensuite le tracé afin d’éviter ces habitats et nous effectuons des études sur le terrain pour vérifier l’emplacement de ces habitats et de ces espèces.

Des enquêtes et des inventaires de la faune peuvent également avoir lieu afin de s’assurer qu’aucun oiseau n’est en train de nicher ni qu’il n’y ait de petits dans le secteur avant d’envoyer les équipes, le matériel et les véhicules sur le site.

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Q : Que se passe-t-il lorsqu’un tracé de pipeline empiète sur l’habitat d’espèces en péril?

Bevin : Une fois qu’on a déterminé la présence d’une telle espèce, chacune d’entre elles fait l’objet d’une évaluation individuelle. Nous nous intéressons à des aspects essentiels de leur cycle de vie, aux conditions nécessaires relatives à leur habitat, à leurs vulnérabilités, etc. Nous planifions ensuite des mesures d’atténuation afin de minimiser ou d’éviter toute perturbation. Par exemple, si l’espèce en péril est une espèce migratoire, planifier les travaux de construction à un moment où les espèces ne sont pas dans le secteur évite de causer d’éventuelles répercussions.

Il n’est pas toujours envisageable d’éviter complètement ces espèces en péril, et de plus, il faut parfois tenir compte de multiples facteurs propres à chaque espèce ou de périodes particulières. Dans ce cas, des mesures d’atténuation et des considérations supplémentaires peuvent s’avérer nécessaires. Ainsi, on peut inciter les animaux et les oiseaux à s’éloigner de l’emprise au moyen de barrières et de répulsifs, en améliorant leurs habitats, par exemple au moyen de plateformes de nidification, ou en retirant la végétation le long de l’emprise, le tout durant des périodes de temps réglementées visant à protéger les oiseaux migrateurs et leurs nids. Il est aussi possible d’ériger des bandes tampons ou de rétrécir l’emprise. La faune sera également surveillée tout au long des activités et les emprises seront revégétalisées une fois la construction achevée. Le processus se compose d’une évaluation lors de la phase de préconstruction, de mesures de surveillance durant les travaux et d’une inspection post-construction.

Dans le cas de la buse rouilleuse, on peut ainsi choisir d’installer des bandes tampons pour ne pas déranger le nid, d’améliorer l’habitat en ajoutant des plateformes de nidification ou encore de travailler en fonction des périodes particulières à respecter.

Q : Des lois protègent-elles les espèces en péril au cours des activités pipelinières?

Bevin : Les végétaux et les animaux sauvages en péril sont protégés en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP), la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs (LCOM) protège les oiseaux migrateurs et leurs nids, tandis que les lois provinciales et les régimes réglementaires relatifs à la faune protègent des espèces précises et leur habitat (p. ex. le caribou).

Les sociétés pipelinières lancent souvent des démarches visant à réduire au minimum leur impact sur ces habitats, même en l’absence d’exigences réglementaires en la matière. Elles se servent de toutes les informations à leur disposition, qu’elles recueillent auprès du gouvernement et des bases de données, en menant des vérifications au sol (des études de l’environnement) ainsi qu’à partir de renseignements scientifiques ou des résultats de la recherche, de manière à déterminer les habitats essentiels ou tout autre habitat fragile (p. ex. les terres humides), et ce, en vue de prendre les mesures d’atténuation qui conviennent.

Pour tout lire sur un véritable projet impliquant des espèces en péril, lisez notre billet intitulé Des écureuils aux mousses rares : les étapes de la planification d’une remise en état, partie 1.