12 réalités sur le changement énergétique de la part d’un réaliste – Partie 1

Réputé pour être l’un des auteurs préférés de Bill Gates, un éminent penseur universaliste et un réaliste au franc-parler, Vaclav Smil émet des avis en matière d’énergie très prisés par de nombreuses personnes, y compris par la Banque mondiale. Il a écrit plus de 20 ouvrages traitant de transition énergétique et autres sujets connexes. Bill Gates aurait même déclaré : « J’attends le prochain livre de Smil avec autant d’impatience que certaines personnes attendent la sortie du prochain film de La Guerre des étoiles. »

Il y a peu, l’équipe du blogue d’À propos des pipelines a contacté M. Smil, professeur distingué émérite au Département de l’environnement et de la géographie de l’Université du Manitoba, afin d’obtenir son point de vue sur le rythme auquel s’effectuent le changement énergétique et les innovations.

Nous avons rapidement appris que M. Smil n’accorde que très rarement des entrevues, même pas – il semblerait – à des organismes de presse de renommée nationale comme le Globe and Mail. Toutefois, lors de notre récent échange de courriels, il a usé de quelques termes bien choisis pour parler de sensibilisation aux enjeux énergétiques ainsi que du rôle que doit jouer l’industrie de l’énergie dans l’information du public.

 

La réponse réside dans le comportement humain

M. Smil considère que le changement climatique est un problème mondial, comme il l’a souligné auprès des étudiants en ingénierie de l’Université McGill lors d’une allocution de 2015. Selon lui, la principale solution pour résoudre les émissions de dioxyde de carbone ne peut pas se matérialiser seulement au moyen d’efforts nationaux et techniques; la clé réside davantage dans le comportement humain, soit dans le devoir et la responsabilité qui revient à chacun d’utiliser l’énergie de manière « rationnelle ».

Plutôt que de nous donner une entrevue, M. Smil nous a permis de puiser dans l’un de ses articles, intitulé « Examining Energy Transitions: A Dozen Insights Based on Performance » (les transitions énergétiques à l’étude : une douzaine d’analyses fondées sur le rendement) et publié par l’Université du Manitoba en 2016.

12 réalités fondamentales en matière d’énergie qui sous-tendent le changement

D’après M. Smil, s’attendre à ce que la substitution des principales sources d’énergie mondiales s’opère aussi rapidement que les avancées dans le domaine de l’électronique moderne équivaut presque à prendre ses désirs pour des réalités, surtout si l’on considère la structure de notre société et les données historiques concernant le rythme des précédents passages à des sources de carburant différentes.

Il en conclut que la modification de notre système énergétique mondial actuel, qui repose essentiellement sur les combustibles fossiles, en vue de son remplacement par des biocarburants (p. ex. la canne à sucre et le maïs) et par une production intermittente d’électricité à partir de sources renouvelables (les énergies éolienne et solaire, par exemple) nous occupera pendant des générations.

Smil énonce 12 réalités fondées sur notre rendement antérieur, qu’il faut garder en tête tandis que nous envisageons l’avenir de notre approvisionnement énergétique. Nous présenterons ces 12 points au cours d’une série de trois billets, en faisant tout notre possible pour expliquer chaque point en termes simples. Le présent billet abordera les trois premiers points.

  1. Historiquement, la vitesse des avancées réalisées dans le cadre de transitions énergétiques nationales précises va de très lente (plus d’un siècle) à très rapide (quelques années seulement). On peut citer les exemples suivants :
  • Le Royaume-Uni, où il a fallu au charbon plus de 100 ans pour devenir la source d’énergie principale.
  • Les Pays-Bas, qui sont passés du charbon à un approvisionnement constitué avant tout de gaz naturel (41 pour cent) en une seule décennie, suite à la décision de fermer toutes les mines de charbon du pays en 1965.
  • Le Danemark, où la production d’électricité éolienne est passée de 12 pour cent en 2000 à 41 pour cent en 2014.

 

  1. En revanche, toutes les transitions énergétiques mondiales se sont déroulées de manière progressive, pendant des périodes prolongées.
  • Après avoir compté pour cinq pour cent de l’approvisionnement mondial en énergie primaire (vers 1840), il a fallu au charbon 35 ans pour passer à 25 pour cent, et 60 ans pour atteindre 50 pour cent.
  • Le pétrole brut et le gaz naturel ont demandé encore plus de temps : 40 ans pour que la part du pétrole brut dans l’approvisionnement mondial en énergie primaire passe de 5 à 25 pour cent (entre 1915 et 1955), et près de 60 ans pour que le gaz naturel atteigne des niveaux similaires.
  • Smil fait remarquer qu’au fur et à mesure de la diversification énergétique, aucune source d’énergie primaire ne pourra à elle seule assurer la quasi-totalité de l’approvisionnement, de la façon que l’ont fait les biocarburants traditionnels et le charbon.

 

  1. Notre société dépend encore majoritairement des combustibles fossiles.
  • Si on exclut la contribution des biocarburants (bois, charbon, paille, déjections animales), dont la consommation ne peut pas être mesurée avec précision, les combustibles fossiles représentaient au moins 85 pour cent de l’ensemble de l’approvisionnement mondial en énergie primaire à des fins commerciales en 2015.
  • Les énergies non fossiles utilisées à des fins commerciales continuent d’être dominées par l’énergie hydro-électrique et nucléaire, mais la part exacte de leur contribution combinée dépend des facteurs de conversion utilisés. M. Smil estime qu’en 2014, l’énergie hydroélectrique et nucléaire représentait environ 8 pour cent de l’énergie primaire utilisée à des fins commerciales dans le monde.

Voici un aperçu des points que nous aborderons avec M. Smil dans la 2e partie de cette série, qui paraîtra le 23 janvier :

  • Pourquoi devons-nous nous tourner vers d’autres sources d’énergie primaire?
  • Informations et raisons expliquant la lenteur de la transition.
  • Preuves que les avancées s’effectuent progressivement, même dans le cas des transitions les plus résolues, délibérées et onéreuses.